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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 21:27
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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 20:16
 

L’identité de l’éducateur spécialisé

 
Paul Fustier
Psychothèque, éditions universitaires, 2ème édition, 1975, SNI DELMAS à Bordeaux


Paul FUSTIER est professeur émérite, à la retraite, de psychologie à l'Université Lumière Lyon 2. Il s’est toujours intéressé aux métiers du social et aux Institutions qui organisent le cadre dans lequel évoluent les professionnels du social. Au moment de la sortie de cet ouvrage, il participe à la formation des éducateurs spécialisés dans le cadre de Recherche et Promotion. J’ai eu l’opportunité de travailler avec lui dans le cadre de régulation institutionnelle et de régulation d’équipe d’une part en MECS (Maison d’enfant à Caractère Sociale) et d’autre part en CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale).

 

* * *

 

Ce qui me vient à l’esprit après avoir suivi Paul Fustier dans sa tentative de définition de la fonction d’éducateur spécialisé, c’est que le sous-titre aurait pu être : clinique de l’individu pris au piège d’une profession naissante.

 

En effet, il nous rappelle le contexte dans lequel se met en place cette fonction qui s’avèrera très délicate de l’éducateur spécialisé. De part des constats et des références à la littérature spécialisé, il commence par poser le décor dans lequel évolue ce nouveau professionnel en recherche d’identité professionnelle. Pour reprendre P.A. Drillich que cite Paul Fustier : « le terrain de l’éducateur spécialisé est un terrain vague » (p. 8). Il semble de plus que la dimension vague n’est pas circonscrite au niveau du territoire mais se propage aussi au plan de la reconnaissance attendu par la fonction, et ce lié directement à la difficulté de se repérer dans l’espace professionnel. « Rappelons avec E.H. Erikson (1960) que le sentiment d’identité suppose la reconnaissance par autrui. » (p. 9).

 

Dès L’introduction, le terme de crise est cité par l’auteur en ce qui concerne le vécu des éducateurs spécialisés (ES) vis-à-vis de leur profession. A partir de là, il est établit que l’ES est en quête de réponse, d’un mieux être.

 

La démarche de recherche qu’entreprend Paul Fustier est prudente et laisse l’espace à des éventualités comme le fait qu’être éducateur spécialisé ne serait peut-être pas un métier. L’auteur met en évidence progressivement les paradoxes de la position éducative liée directement à la définition théorique de cette fonction. En abordant les modèles de références, il met en évidence un certain nombre de positionnement dans le cadre de ce métier. Ces postures ne sont pas sans explicité la dimension idéologique d’une part et la dimension personnelle d’autre par de l’individu engagé dans cette fonction d’éducateur spécialisé.

 

* * *

 

Dans la première partie, l’auteur explique le cadre de sa recherche à partir de littérature spécialisé. Sur 62 articles, c’est à partir de « citations significatives » que le constat de la situation a pu être établit. A ce moment, il souligne la dimension affective liée à cette fonction d’éducateur spécialisé et que bien évidemment cela a des effets sur le travail de recherche.

 

Passant par une question qui laisse supposer une réelle précarité de la place de l’éducateur spécialisé, Paul Fustier pose celle de l’existence même du métier d’éducateur spécialisé, l’auteur vient de poser l’intrigue. Nous y sommes. C’est avec cette toile de fond que le reste de l’ouvrage continu à se dérouler.

 

L’intérêt que je porte à cette étape de la recherche, se caractérise par le fait que le chercheur est dans une phase que je serais tenté de qualifié anthropologique. Les éléments d’une sorte de genèse de la fonction d’éducateur spécialisé sont apportés et cela permet de resituer le contexte dans lequel la question de l’identité va se vivre. En effet, la dimension humaine et personnelle commence à se mettre en face à face avec la dimension professionnelle. Les éléments constitutifs de la fonction en expliquent les raisons.

 

L’auteur nous apporte des concepts pour définir les différents modèles de positionnement :

  • Le familial-charismatique qui tire son énergie et sa raison d’être d’une « vocation et d’un don total ».
  • Le familial-technique, "un savoir, une science psychologique y sont…substitués".
  • Le modèle curatif qui va encore plus loin que le modèle précédent en supprimant la dimension familiale en insistant sur le technique.

L’auteur précise bien que ces modèles ne se succèdent pas mais que c’est plus complexe que cela, qu’ils peuvent coexister, se chevaucher. A partir du troisième modèle, nous allons peu à peu évoluer vers une dimension que Paul Fustier qualifie par le couple « profession-technicité ». Ici c’est un tournant important qui se joue avec la dimension de la profession qui implique un certain nombre de spécificité dont la transmission d’un savoir faire, de méthodes… A partir de là, vont s’opposer deux écoles de pratique, les praticiens qui donnent de leur personne et les spécialistes qui seraient plus distancié avec une vie en plus du travail. L’étude des communications entre ces deux conceptions de la fonction d’éducateur spécialisé est intéressante parce qu’elle met en évidence la difficulté de se définir pour les techniciens notamment et ce en lien avec une carence de définition de leur identité professionnelle.

 

L. Barbey (1956) : « La mission de l’éducateur comporte une part de métier et une part de vocation, une part de science et une part de dévouement» (p.30).

 

Dans la fin de la première partie, l’auteur met en avant l’injonction d’être « adulte » posé à la personne pour faire ce travail d’éducateur spécialisé, et de plus être un modèle pour la personne aidée. Les injonctions sont donc les suivantes : être adulte, être un homme ou une femme équilibré et avoir du bon sens ! Déjà se dessine les attentes de la société pour ces personnes qui vont agir pour le bien de tous en devenant des instruments de régulation, de normalisation : « travailleur social, un ré adaptateur professionnel » (p.37).

 

Au moment de l’écriture de cet ouvrage, l’auteur signifie le peu de recul quant à l’effet de mai 68. Les éducateurs paraissent prendre conscience de faire parti d’une dynamique de régulation sociale : (quand est-il de cette impression à ce jour ?) Cela donne l’impression qu’il y a une crise dans la crise. En effet, la situation des éducateurs spécialisé quant à leur identité se traduit par une crise qui nécessite une quête de réponse mais face à ce qui se dessine devant eux en mai 68, il y aurait comme une renoncement puisqu’il serait possible que la définition de leur identité assoie le fait d’être un instrument de régulation social. Ce retour insuffisamment positif freine le processus de cette quête d’identité professionnelle.

 

Le passage d’une attitude fondé sur des convictions à une posture où vient se greffer des savoirs tel que la psychologie qui tend, à cette période, à devenir plus accessible, vient donc mettre en exergue la crise d’identité et un rapport de force entre ces deux aspects de l’intervention de l’éducateur spécialisé. L’auteur nous parle là « d’idéologie contradictoires » (amour-conviction / profession-technicité). Ces deux positions et leurs oppositions vont conduire à un certains nombres de tentatives pour essayer d’accorder les deux postures. Cela va se traduire par ce que j’appellerai des « bidouillages » de fortune mais qui ne vont en rien permettre d’évoluer sur la question de l’identité professionnelle. Ce qui semble être exploitable à cet endroit, c’est le fait que ces tentatives mettent en évidence la dimension personnelle qui elle questionne deux temporalités : la réalité et l’idéal. Ceci vient nous rappeler les deux références prédominantes où l’éducateur spécialisé sec cherche une identité : la dimension religieuse d’une part et la dimension technique/professionnelle d’autre part.

 

* * *

Dans le seconde partie, nous avons donc une approche plus précise qui vient se caractériser par une recherche via un questionnaire mis en place auprès de 375 salariés afin de continuer dans le sens de ce qui a été précisé dans la première partie. Le fait que nous n’ayons pas plus d’éléments sur cette démarche de recherche m’apparaît comme frustrant : c’est difficile d’être critique sur ce qui va venir sans plus d’éléments pouvant nous permettre d’interroger cette démarche.
 

Les conflits internes entre les deux positions éducatives montre que ceux qui se détachent en cherchant une dimension professionnelle et technique dans leur action, faute de pouvoir se définir, se voient renvoyer au rang de « mercenaires ». On aime les gosses dont on s’occupe ou alors on est le bras armé d’une politique social de régulation. Sur cette situation vient se greffer une donnée qui est celle des classes d’âge : les jeunes éducateurs contre les anciens, le nouveau mode d’intervention contre la mission. Ce conflit n’est pas sans laissé des conséquences pour les jeunes éducateurs spécialisés qui se voient alors aliéné dans la fonction de mercenaires.

A partir des caractéristiques paraissant mettre au jour le professionnel, l’auteur questionne à différent endroit la situation des éducateurs spécialisés à cette époque. Il soulève un certain nombre de points au passage : la longévité d’un éducateur spécialisé, les suites qu’il donne à cette première activité (formation, ascension hiérarchique). Faire autre chose après serait peut-être enfin faire un « vrai métier » ! Il est à noter au passage un point important (p. 60) parce qu’il me semble qu’il perdure à ce jour : le fait qu’il est possible d’occuper la fonction sans être spécialement formé et avoir les mêmes taches que son collègue ayant une formation. Ce n’est par exemple pas possible pour la fonction d’assistante sociale.

 

Cette panne d’identité, de repère professionnelle vient s’inscrire de façon spécifique à l’endroit précis du rôle joué par l’éducateur spécialisé : la relation. De part une particularité que d’être au travail alors que les autres professionnels sont chez eux, intervenir dans les moments de la vie, être confronté à des individus en permanence, devoir faire preuve d’autorité, de conteneur : est-ce que cela s’apprends à l’école ? Au moment de l’écriture de cet ouvrage les jeunes pouvaient renvoyer aux éducateurs que ce qu’ils faisaient n’étaient pas un métier. Comme on peut le dire, « ils tapaient où cela faisait mal ». Un boulot où on ne fait rien, où on est payé, c’est cool pour ces jeunes… Pour l’éducateur spécialisé, ce n’est ni plus ni moins qu’une dénégation de toute identité professionnelle ! (C’est ce que je peux encore parfois entendre : quelle conclusion en tirer ?)

 

Le fait de ne pas avoir en plus de matière à transmettre, tel le professeur par exemple, ne lui permet de temps de gratification, de « réassurance » comme le dit l’auteur. L’auteur souligne, sans l’enfermer totalement, le danger qu’encours l’éducateur spécialisé de part l’absence d’objet ternaire parce que cela renforce la relation duelle et engendre plus d’agressivité!

 

* * *

« Un statut de professionnel est comme la caricature de ce qui devrait être une mission. » (p.76) L’auteur montre au travers de la situation en MECS (Maison d’Enfants à Caractère Social) que l’Institution permet, facilite une place de l’ordre du familial, de la substitution. Cette dynamique engendre une précision qui vient mettre en évidence une situation culpabilisante pour l’éducateur spécialisé. Nous à cet endroit dans une dimension de référence charismatique, d’une position maternelle et cela devient plus simple, voir plus habile pour l’auteur de commencer à parler d’éducatrice. Il explique brièvement le pourquoi ce choix de « mot » par le fait que ce serait comme anormal pour un éducateur d’être dans cette fonction parce qu’elle n’autoriserait pas « la satisfaction de tendances viriles normales. Il me semble que cette dimension demanderait du temps d’explication pour pouvoir être comprise et du coup inoffensive… (Voici un des points que j’aurais voulu voir précisé par l’auteur. Cela interroge une nouvelle fois la question de l’identité professionnelle sur une autre dimension, celle du genre.) Cela montre aussi encore toute la complexité que d’aborder cette question de l’identité pour cette fonction spécifique.
 

Cette culpabilité vient mettre en place des essais de régulation pour les éducatrices parce que cette position de meilleure mère ne peut se faire sans un rapport difficile avec ces familles, ces mères vécues comme défaillantes qui restent malgré tout présentes. De plus, l’enfant joue un rôle important pour faire vivre ces deux entités et bien sur les mettre en rivalité. Différent type de relation peuvent se mettre en place et le résultat peut être tant une dénégation au statut de mauvaise mère ou bien une absorption tellement forte qu’elle réduit l’éducatrice à « plus qu’un sein qui nourrit ». L’auteur s’attarde sur une dimension bien précise de la vie au quotidien et qui serait perçu comme un moyen de régulations essentielles : les taches ménagères.

 

La référence est donc une expression concrète de l’identité parentale, maternelle : (quand est-il de l’identité professionnelle ?)

 

« C’est bien le Désir de l’éducatrice qui cherche sa satisfaction dans la position maternelle. »

 

* *

Dans les chapitres 2 et 3, sont analysé les identités professionnelles et maternelles. L’auteur met en évidence que ce qui vient aussi être interrogé, c’est l’identité personnelle : « qui suis-je ? ».
 

Dans la phase de rencontre, l’enfant ou l’ado vient remettre en question de l’identité de l’adulte. Ce dernier doit donc en faire la démonstration. Ceci vient expliquer que l’adulte face aux jeunes met en œuvre un système de défense afin de « maintenir l’intégrité d’une identité menacée ».

 

Pour être en relation, l’adulte doit trouver du semblable chez l’autre. Cela nécessite une approche de l’enfant inadapté dans une dimension où il y a du comme dans l’éducateur spécialisé. Cette posture doit se faire avec un va et vient entre le comme, le différent qui met en exergue l’altérité. De la notion de transfert/contre transfert, nous pouvons parler ici d’attitude et de contre attitude. Dans une pratique où il est demandé à l’éducateur spécialisé ce que j’appellerai « l’adultitude » (attitude d’adulte), le positionnement éducatif n’est pas des plus simple. En ce sens la question de l’identité n’est pas uniquement remise en cause par l’adolescent mais aussi par la posture de l’éducateur spécialisé qui est équivoque. Ce va et vient entre l’altérité et la similitude ne peut paraître comme simple. Ce positionnement semble être plus que nécessaire pour établir un contact, une relation avec l’adolescent qui se trouve lui-même dans une situation très ambiguë. Nous pouvons parler d’empathie en terme de ce qui serait visé dans cette posture.

 

L’identité personnelle étant menacée, des stratégies défensives s’imposent. Pour ce faire, le choix peut se faire entre une « mise à distance », ce qui se traduit par l’accentuation des différences de l’adolescent ou bien en faisant de même avec ses propres différences pour ce qui est de l’éducateur spécialisé. D’un autre côté, ce dernier peut opter pour la « négation des différences » ce qui permet d’éviter les agressions. L’auteur parle de défense de « type fusionnelle ».

 

Ces deux types de positions, en lien avec ce qui a pu être avancé à propos des effets de mai 68, nous font apparaître deux types d’éducateurs se différenciant par deux types d’idéologie.

 

« …si l’on en croit R. Castel (1970), rééducation morale et thérapeutique mentale ont la même racine sociologique, qui est le « traitement moral » de la psychiatrie du XIXème siècle. » (p.108). Nous avons donc affaire à deux postures : soit le renforcement de l’altérité, soit le renforcement de la similitude.

 

J.P. Sartre (1957, p. 349) : « Dès lors, en effet, qu’Autrui m’apparaît comme objet, sa subjectivité devient une simple propriété de l’objet considéré. » (p.112).

 

Ce qui apparaît, c’est que la posture de l’éducateur, comme déjà précisé plus haut, dépend de différent facteur : sa personnalité voir sa structure psychique, son idéologie, et éventuellement le type d’inadaptation des jeunes dont il a la charge.

 

* * *

 

La question de l’identité se divise en deux sous-questions qui viennent interroger d’une part la dimension personnelle et d’autre part la dimension fonctionnelle. Ce qui semble judicieux de souligner, c’est le caractère ambitieux (voir impossible) de la tache qui incombe à l’éducateur spécialisé : « s’en occuper », « vivre avec ». L’auteur, soulève au passage la complexité de cette (mission sociale) qui relève de la thérapie et de l’éducation.

 

* * *

 

Pour conclure mes notes sur cette lecture sur le propos de l’identité de l’éducateur spécialisé, je tiens à faire un premier constat qui n’est pas en lien directe avec cette lecture mais plutôt du fait de ma rencontre avec cet ouvrage. En effet, je suis dans l’éducation spécialisé depuis un peu plus de quinze ans et je n’ai rencontré aucune personne qui a pu me dire qu’elle connaissait ce livre. J’ai eu la chance de travailler sous la supervision de Paul Fustier dans le cadre de deux Institutions distinctes et je n’ai jamais entendu parler de ce livre. Y- a- t -il un sens à cela alors que bon nombre d’ouvrage dont « Les Corridor du quotidien » font parti de la littérature des éducateurs spécialisés ?

 

En ce qui concerne l’ouvrage lui-même, sur quelques points, il m’est difficile de me rendre compte que ce constat ait pu être fait il y trente cinq ans. En effet, un certain nombre de constat demeurent les mêmes ou alors semble avoir peu évolué. Il est bien sûr nécessaire de resituer cela dans son contexte de recherche qui nous met de fait dans une dimension où une trentaine d’année ne suffisent pas pour voir apparaître une métamorphose. Ce métier, après cette lecture, m’apparaît, toujours comme étant dans son commencement. De plus, il ne peut être séparé de son contexte social où les fonctions du social se multiplient, se diversifient, se spécialisent de plus en plus me semble-t-il.

 

Si j’emploie ci-dessus le terme de métier, c’est pour faire référence d’une part à la façon dont on en parle aujourd’hui et à l’intrigue d’autre part qu’installe Paul Fustier dans le début de sa première partie : « c’est qu’il reste à prouver qu’il s’agit bien d’un métier. »

 

Même s’il y a une avancée en ce sens mais qui reste quand même de l’ordre de l’interrogation, la question de son utilité, de sa fonction au sein de la société qui paraît se construire me semble réellement d’actualité.

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