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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 20:06

G. AIMO-BOOT                                                                                            ANACIS 2007-2008

 

 

 

Paul Ricoeur

 

VIVANT JUSQU' A

LA MORT

 

                                                          Edition du Seuil, Mars 2007

 

Fiche de lecture sur la première partie du texte intitulée:''Jusqu'à la mort. Du deuil et de la gaieté''.

 

 

Ce texte est une méditation philosophique sur la mort où P. Ricoeur tient à affirmer une réflexion purement philosophique comme autosuffisante et récuse l'attribut de philosophe chrétien et les représentations de la mort et de l'aprés-vie rattachées à cette tradition religieuse.

La tâche de la réflexion philosophique est d'analyser, de clarifier. Cette clarification conceptuelle a déjà valeur thérapeutique. P. Ricoeur s'impose une sobriété de l'imagination, une analyse critique des représentations.

 

Rencontre de la mort d'un autre cher ou inconnu.

Face à cette mort des questions: existe t'il encore? Et où? Et quel ailleurs? Quelles sortes d'êtres sont les morts. Que faire des morts, des cadavres? On ne se débarrasse pas des morts, on n’en a jamais fini avec eux.

P. Ricoeur parle d'entrer dans un travail de deuil, d'intériorisation de la question que sont les morts? Se voir mort avant que d'être mort. L'avoir à mourir.

Le mourir comme événement.

Assister à la mort est une épreuve ponctuelle, évènementielle. Survivre, faire le deuil est un long trajet.

C'est l'anticipation de l'agonie qui est le noyau concret de la peur de la mort.

P. Ricoeur propose le témoignage de médecins spécialistes en unités de soins palliatifs. Que disent' ils:Tant qu'ils sont lucides  les malades en train de mourir ne se perçoivent pas comme moribonds, comme bientôt morts, mais comme encore vivants. La capacité de penser encore préservée n'a pas tant le souci de ce qu'il y a après la mort mais le souci de la vie à s'affirmer encore.

P. Ricoeur parle de l'émergence de '' l'essentiel '' qu'il appelle le religieux. Certains agonisants mobilisent les ressources les plus profondes de la vie pour la venue à la lumière de cet essentiel. Les barrières entre les religions y seraient transcendées. Il insiste sur l'importance à se libérer d'un regard sur l'agonie qui percevrait l'agonisant comme déjà mort, moribond. Celui qui voit l'agonisant dans son vécu de vivant encore est dans un regard de compassion différent de celui qui anticipe sur le déjà mort. Compassion comme souffrir avec, lutter avec, accompagner. Un accompagnement entre les extrêmes de l'acharnement thérapeutique et de l'euthanasie passive ou active. Entre l'indifférence et le fusionnel.

P. Ricoeur se réfère ensuite aux témoignages de rescapés des camps de concentration. Au témoignage de Jorge Semprun dans ''L'écriture ou la vie '' qui raconte l'agonie de Maurice Halbwachs au bloc des agonisants de Buchenwald en 1944. Accompagnement auprès de M.H. Épuisé à l'extrême: «  Il souriait mourant, son regard sur moi, fraternel... » Affleurement de l'essentiel. « Dans les yeux une flamme de dignité, d'humanité vaincue mais inentamée. La lueur immortelle d'un regard qui constate l'approche de la mort, qui sait à quoi s'en tenir, qui en a fait le tour, qui en mesure face à face les risques et les enjeux, librement, souverainement ». M.H. est en cet instant seul à mourir mais il ne meurt pas seul.».

Ceux qui meurent seuls sont des moribonds indiscernables de la mort elle-même.

La mort comme personnage agissant.

C'est la mort personnifiée, agissante et destructrice. Celle des épidémies, des camps de concentration. Effet de masse et d'indistinction.

C'est le ciment du mal qui fait confondre les moribonds et la mort. Le mal c'est l'extermination par l'épidémie ou programmée par le ''Méchant''. Le méchant, le diable, un dieu vengeur et peut-être méchant. La contagion de la mort.

Les camps ont révélé la vraie nature de l'horreur de la mort sur la base d'une situation limite, l'extermination, oeuvre non de la mort mais du mal.

Un problème essentiel est alors posé par P. Ricoeur: Dans quelle mesure la mort ordinaire est-elle contaminée par la mort limite, la mort horrible.

Le parcours des survivants des camps, revenants, témoins, est une forme de thérapie du mourir ordinaire.

P. Ricoeur fait ensuite référence au témoignage de Primo Lévi. Pour lui la vie après n'aura été «  qu'un rêve à l'intérieur d'un autre rêve » La masse des morts plus réelle que la communauté des vivants. « ..Sommes-nous vraiment revenus ? » Pourquoi J.Semprun a t’il pu vivre et écrire et non P.Lévi ? A cause de sa stratégie de l'oubli, le courage d'affronter la mort à travers l'écriture.

 

Dans la deuxième partie du texte intitulée : La mort. P. Ricoeur s'attache à démanteler l'imaginaire de la survie.

La mort est vraiment la fin de la vie dans le temps commun à moi vivant et à ceux qui me survivront. La survie c'est les autres. Détachement nécessaire à l'égard de l'inessentiel, se rendre disponible pour le fondamental, le transfert sur l'autre de l'amour de la vie.

P. Ricoeur reprend ainsi les valeurs fondamentales du christianisme : détachement, générosité tout en rejetant tout l'imaginaire de la survie, de la consolation.

Il fait référence à la confiance en Dieu. L'existence aurait un sens, une intelligibilité, une justification. Il parle de chaque existence qui ferait mémoire, trace en Dieu et  rejette aussitôt cette idée de peur de la représentation d'une telle mémoire comme une survie dans une temporalité parallèle. Un seul but pour P. Ricoeur, le renoncement parfait. Insistance sur l'éthique positive du détachement, du transfert sur l'autre de toutes les attentes vitales et de la gaieté jointe à la grâce espérée d’exister vivant jusqu’à la mort .

 

 

Historique de cet écrit.

P. Ricoeur débute cette méditation en 1996 au moment où commence à s’éteindre doucement sa compagne Simone. Il éprouvait alors une grande angoisse et pour rester vivant multipliait voyages et écrits. La rédaction du texte a été interrompue délibérément en avril 1997 car cette méditation, cette ascèse devenait insupportable. S. Ricoeur est décédée en janvier 1998. La santé de P. Ricoeur décline doucement. Devenir capable de mourir était alors son souci. Il a déclaré quelques jours avant sa mort : «  Je suis entré dans le temps de l’essentiel. » Cette période fut difficile, une lutte douloureuse traversant l’abattement, la peur, la solitude de celui qui s’en va et affirmant sa volonté d’honorer la vie jusqu’à la mort.

 

 

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commentaires

christophe 15/10/2007 00:33

La classe :-)