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25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 20:54
LE NOUVEL ESPRIT DU CAPITALISME
Luc Boltanski – Eve Chiapello
Nf essais-Gallimard
 

 

Du monde du travail au monde des capitaux => à partir des années 1970.

Les marchés financiers explosent en même temps que les fusions et la constitution d’oligopoles mondiaux.

En parallèle les politiques gouvernementales incitent à une flexibilité du travail : défiscalisation, travail temporaire, doublée d’une organisation au niveau planétaire du champ des profits des multinationales et augmentant ainsi les couts humains.

L’exploitation des nouvelles technologies liées à l’informatique accélèrent ce mouvement.

Le chômage passe de 3% en 1973 à environ 10% aujourd’hui sans comptabiliser les exonérés de recherche d’emploi  et le nombre de plus en plus important de contrat précaire et bénéficiaire de l’A.A.H. ou d’une pension d’invalidité.

On a assisté au doublement de la population bénéficiant des minimas sociaux entre 1985 et 1995 ainsi qu’une augmentation des revenus liés aux rentes.

Apparition sur la place publique de la misère via la population SDF qui accentue le sentiment d’insécurité de la classe moyenne, sentiment exacerbé par la ghettoïsation des quartiers et l’émergence de zones de non droit.

Eclatement des familles n’assurant plus le filet de sécurité.

Les bourgeois d’avant (patrimoines mobiliers et immobiliers) sont remplacés par les nouveaux riches (cadres, diplômés de grandes écoles, hauts fonctionnaires) néanmoins eux aussi en mesure d’être touchés par la crise.

 

=> Désarroi idéologique devant l’effondrement de l’idéologie du progrès associé          au capitalisme.

 

=> Reste l’indignation, le travail humanitaire et le cloisonnement des revendications autour de causes spécifiques (sans papiers, sans logement…)


Définition du capitalisme :


Exigence d’une accumulation illimitée de capital par des moyens formellement pacifiques.

Le capitalisme se différentie de l’esprit de marché parce qu’il n’en respecte les règles que quand cela l’arrange  ( arrangements discrets, clauses ad’ hoc…)

Le capitalisme s’est développé sur le dos du salariat et l’un comme l’autre y a perdu l’essentiel : le rapport au réel.

On assiste à une perte de la propriété du résultat du travail pour le salarié, perte de la satisfaction du besoin de consommation pour les capitalistes pris dans un engrenage fou.

L’idéologie du capitalisme est l’esprit qui justifie l’engagement dans le capitalisme.

Cet esprit s’appui sur de puissantes raisons morales issues des croyances judéo-chrétiennes, raisons qui embrassent à la fois des justifications individuelles et générales (bien commun).

« Tout ce qui engendre un profit sert aussi à la société ».

Cette idéologie a servi à justifier les actions qui ont concourus à l’accumulation.

Le citoyen devient client, consommateur dans tout les aspects de sa vie, même la sphère privée et artistique

Le capitalisme a fait régresser les formes anciennes d’oppression mais au prix d’un renforcement des inégalités  (inclus-exclus).

 


Le discours du management :


Années 60 :

ð 
plaidoyer pour les directions par objectifs vu le gigantisme des groupuscules industrielles => décentralisation, méritocratie, objectifs ….on juge les résultats, pas la personne (déshumanisation, clivage).

 

ð  On ne laisse croire qu’on n’est plus dans un monde domestique mais s’il le faut la direction passera quand même en force.
 

 

Années 90 :

 

=>  Poursuite du mouvement de rejet de la hiérarchie  avec la mise en place d’une organisation autour  de la concurrence et le changement permanent.

L’entreprise devant la régression économique s’organise en « maigre » : gestion serrée des stocks, production sur commande, démarche qualité, sous traitance, etc...

L’entreprise travaille en réseau et les équipes sont composées de permanents, d’impermanents (intérim), de fournisseurs, de consultants, d’experts….

 

=> « Auto organisation, créativité, leader, visions » sont les mots clés.

Le monde du management s’oppose au monde du cadre.

Apres  le manager arrive le coach capable de développer les compétences de chaque homme et l’expert.

Il y a une tentative de maitriser ce qui se passe dans l’entreprise par le biais de ces nouveaux cerveaux.

La notion de « confiance » apparaît qui signe que la situation est sous contrôle puisqu’on donne sa confiance a quelqu’un dont on sait qu’il ne nous abusera pas.

 


La formation de la cité par projet :

 


Avec la notion de réseau l’idée même de bien commun est problématique parce que l’appartenance ou la non appartenance au réseau est largement indéterminée.

Arrive alors la notion composite de projet avec son médiateur qui est en soi porteur d’une valeur.

Le projet réintroduit le jugement et la hiérarchie des êtres et se mesure par l’activité.

La succession des projets en multipliant les connexions et en faisant proliférer les liens a pour effet d’étendre le réseau.

Dans le monde en réseau l’importance du capital social et du capital d’information sont corrélés.

La médiation est l’art de la conciliation des contraires, la réunion et la communication de personnes très différentes.

Le principe est la redistribution du grand au petit de l’information pour donner de l’employabilité qui permet  au « mérite » d’accéder au poste de grand au prix de sacrifices énormes (mobilité, instabilité, déracinement ,etc. .) et ceci en un temps record.

Il faut faire le choix entre des relations amicales désintéressées et des relations professionnelles utiles.

Il faut sans cesse passer des épreuves ; la fin d’un projet signe le début d’un autre.

Dans le réseau  l’existence professionnelle est un attribut relationnel : ceux qui se trouve déprécier perdent toute visibilité et donc toute existence car exclus du « monde », juger « mauvais » (cf. la disqualification  de Castel – 1995).

C’est un monde connexionniste.

On passe de la cité marchande à la cité de coopération-compétition à tous les niveaux (client-vendeur, vendeur-vendeur…).

Il faut se faire un nom (renom) pour exister => lobbying.

D’illégitime (réseau de privilège) il devient légitime car neutralisé par la cité industrielle (réseau téléphonique).

L’utilisation du concept de réseau par la sociologie lui permet d’avoir une assise scientifique et engendre une tension forte entre une position historiciste (le réseau convient à notre temps) et une position naturaliste (le réseau comme texture constitutive de tout monde social, voir de la nature toute entière).

 


Les transformations du capitalisme et le désarmement de la critique :

 

 

 

La stratégie utilisée est le truchement d’une réponse frontale à la critique en reconnaissant sa validité  par des tentatives de contournement et de transformation…. pour le contourner sans y répondre …

Comme exemple nous pouvons citer les négociations patronat-syndicat pour répondre aux revendications de ceux qui n’ont que leur force de travail pour survivre : elles ont des avancées réelles mais en parallèle s’opèrent des tentatives de détournement par la mise en place de dispositifs beaucoup moins encadrés et protecteurs que l’emploi salarié à temps plein (CDD, intérim, temps partiel).

Ce nouveau capitalisme a la capacité de récupérer les idéaux des contestataires (liberté, créativité, autonomie).

 

 

 

La déconstruction du monde du travail :

 

 

 

La collaboration du salarié ne passe plus par l’intégration collective et politique des travailleurs mais par le développement  du projet et par l’accomplissement de soi liant le culte de la performance individuelle et l’exaltation  de la mobilité lié à des concepts réticulaires du lien social.

Pour beaucoup ce changement à amené à une dégradation forte de leur situation économique, leur  position sociale et leur stabilité professionnelle.

La critique libérale insuffle l’idée de droits au travail et sera relayée par des mesures d’obédience sociales allant dans le même sens : subvention à l’emploi, mesures de préretraite, traitement social du chômage…

Ses mesures ne font que dédouaner les entreprises dans leurs décisions de suppression d’emploi.

Cette évolution aboutit à un processus de sélection /exclusion par une externalisation et une précarisation des moins compétents, des plus fragiles physiquement et psychiquement ; des moins malléables.

La sous traitante à participer de ce mouvement en offrant des statuts beaucoup moins avantageux que les grosses entreprises , de même que les délocalisations, la formation professionnelle très sélective, les critères d’âge, d’origine, de nationalité et de sexe.

L’engrenage a fonctionné dans un contexte de marché du travail difficile avec une peur diffuse du chômage et la perte du pouvoir  du syndicalisme concomitante avec une diminution des adhésions.

Ce dernier sera affaibli par sa bureaucratie et la perte de lien avec les salaries au quotidien.

Les années 80 voient disparaître la notion de classe sociale telle que construite postérieurement pour voir émerger la notion de classe moyenne.

Au sein des entreprises, les postes sont amovibles et la notion de cadre/non cadre beaucoup plus flou et remise en question par le patronat lui-même parfois ; ce qui permet de donner à des non cadres des responsabilités et des méthodes de gestion auparavant exercés par des cadres …

La rémunération des salaries passent largement par le rapport de la force.Ceux qui ne disposent pas des ressources nécessaires sont exclus.

La critique sociale et artistique sont prises par les paradoxes de leurs propres arguments récupérés par le capitalisme. Ils ont donc préférés le silence ….

 

 

 

Le renouveau de la critique sociale :

 

 

L’entreprise est passée d’une logique sélective : grille de salaire, convention collective, syndicats  à une logique connexionniste : mobilité, polyvalence, communication…

Ce nouvel état du monde a trouvé sa légitimation dans le langage des réseaux.

Cette légitimation a produit de l’exclusion.

Les exclus entrent dans la catégorie « sentiment » et non «  dénonciation ».

Ils seront récupérer par le mouvement humanitaire.

La non dénonciation n’a pas permise de montrer avec suffisamment de pertinence le lien entre leur apparition et l’évolution du monde industriel.

L’exclu est référencé à la nouvelle conception du monde : c’est celui qui n’a pas de réseau, qui est désaffilié  (cf. Robert Castel 1994) et qui donc par là même devient  « inutile au monde  ».

Dans les années 80, les exclus seront essentiellement pris en charge par l’humanitaire mais la mise en place du RMI en 1981 a permis de chiffrer dans les années suivantes l’étendue de l’exclusion qui deviendra une préoccupation de nouveaux mouvements sociaux (cf.  .La misère du monde de Bourdieu 1993).

On voit émerger des mouvements comme le DAL, la CIMADE, AC…

Ces mouvements intègrent des valeurs humanitaires à des valeurs militantes.

Apparaît l’indignation par rapport à la misère et celle par rapport à l’égoïsme.

L’exploitation des petits (exclus) par le monde des grands (inclus) tient à l’immobilité des premiers c'est-à-dire à leur incapacité à se déplacer de façon autonome (physiquement et mentalement).

Cette immobilité va être jugée par les grands comme leur choix. Ils sont donc responsables de leur exclusion.

Mais sans eux les grands ne pourraient pas continuer à fonctionner.

En effet les petits dans un monde connexionniste sont des doublures qui restent sur place pour entretenir le lien, le réseau.

Exploité par le réseau et non reconnus comme étant essentiel dans le réseau c’est à dire dans l’accumulation des richesses pour le mobile, l’exclu n’en tire aucun bénéfice.

Fragilisé, ayant intégré la logique de l’inclus, l’exclu hésite à se marier (peur de l’engagement), à acheter (peur de ne pouvoir bouger), à avoir des enfants et donc se désaffilie et augmente sa précarité.

 


La cité par projets :

 


Elle est à l’origine par son action critique efficace, tenace, menaçante et inventive d’influencer le monde politique.

C’est elle qui a permise les plans des dispositifs de lutte contre l’exclusion ; l’expérimentation de nouveaux dispositifs, le soutien aux réformes du cadre réglementaire, le pragmatisme et la connaissance intime des rouages du capitalisme au service du bien commun dans un idéal de la justice.

Dans un monde opportuniste, on ne reconnaît pas les dettes contractées à l’égard des autres.

Or les dispositifs associés à chaque cité ont pour fonction d’assurer le respect des dettes.

Pour cela, on construit de nouveaux cadres pour recenser les contributions en  donnant un statut juridique au réseau.

Cela permet  de définir des règles plus justes de rémunération, de favoriser la notion de compétences acquises en formation initiale mais aussi permanente reconnue et accréditer, labélisée par les organismes publics et privés.

Cela oblige à responsabiliser les entreprises par rapport à l’employabilité de leurs salariés en internalisant son cout au lieu de le renvoyer à la charge de la collectivité.

Pour qu’il y ait égalité des chances, il faut les mobiliser par le biais de dispositifs de réinsertion, des emplois aidés visant à la réinsertion professionnelle (emploi solidarité, mission locale, contrats de qualification), par la mise en place de réseaux locaux d’insertion. Apparait  la notion d’activité et non uniquement de travail qui pose moins la question de l’accumulation que celle de la persistance des droits au cours d’un parcours hétérogène.

 

ð  proposition de contrats d’activité, de revenu universel (cf. le travail dans 20 ans de Jean Boisonnat- 1995).

 

 

 

 Place du droit :

 

 

 

Nécessité de développer un droit spécifique exigeant d’être respecté.

 

 

A l’épreuve de la critique artistique :

 

 

 

L’anomie  constitue un affaiblissement des normes et des conventions tacites. Elle prend appui sur l’incertitude, la difficulté à se projeter dans l’avenir.

La cité par projet a pour objectif de conférer une légitimité à ce qui se présente comme transitoire et à organiser donc protéger des épreuves qui accompagnent la transition.

L’anomie se caractérise par une difficulté de s’engager à long terme dans la vie privée, par l’augmentation des suicides chez les personnes seules, par le désarroi lié à l’anxiété qui a accompagné la conquête de l’autonomie.

La libération est la délivrance d’une situation d’oppression, l’émancipation à toute forme de détermination (aliénation génériques, dettes originelles, dotes..).

Cette libération peut être récupérée par l’esprit du capitalisme via la portabilité des appareils de lecture et d’écriture.

 

 

 

L’authenticité du monde sous le régime  du capitalisme :

 


Ce monde conduit à une massification et à une standardisation.

On assiste à une déperdition de la différence entre les êtres : objets ou êtres humains ?

C’est le monde de la standardisation des biens et de leurs usages, une massification de la pensée,  un totalitarisme formaté par les médias qui unis formalisent les valeurs et abolissent l’esprit critique.

Dans ce monde, il est difficile d’exercer une liberté ontologique, il est fragilisant de s’affronter à sa responsabilité d’être par soi même face à un monde « déjà là  ».

On se trouve engluer dans la banalité quotidienne, le bavardage comme dégradation de la parole, tyrannie de l’opinion, crétinisation.

Le capitalisme récupère cette critique en marchandisant la différence : produits divers réduits à une durée courte, changements encore plus rapides …

La marchandisation des biens échappent à la société marchande : activités culturels, services aux personnes, loisirs, mise en place d’écoproduits.

En réaction, on assiste à une critique du fabriqué qui touche même la mise en cause de l’action humanitaire comme spectacle visuel.

L’autocritique capitalisme de la société de masse et de marchandisation de la différence a ouvert la voie à une dénonciation de la réalité toute entière comme une illusion et comme une mise en scène ; comme spectacle en tant que forme ultime de la marchandise.

Cette autocritique a été neutralisée par mai 68 qui y voit les stigmates d’un élitisme bourgeois  réactionnaires.

Elle se diffuse avec la montée de la figure du réseau qui est incorporée par le capitalisme.

La critique artistique souffre de la grande capacité du capitalisme à récupérer tout et n’importe quoi.

Elle doit pour s’en sortir s’opposer à toute forme de contrôle notamment informatique en sécurisant les individus.

Cela nécessite des institutions susceptibles d’exercer une contrainte extérieure sous forme d’obligation et de sanctions ; d’avoir un statut qui ne limite pas les taches et permette  d’avoir à rencontrer des épreuves acceptables en terme de rythme et soutenue par la conscience professionnelle.

Cela nécessite de sortir du mythe de l’autonomie absolue.

 

 

Conclusion : la force de la critique :

 

 

 

1-      Le capitalisme a besoin d’un esprit pour engager les personnes qui sont nécessaires à la production et à la marche des affaires.

 

2- L’esprit capitalisme doit pour être mobilisateur incorporer  une dimension morale.

 

      3-    Le capitalisme a besoin pour se perpétuer à la fois de stimuler et de freiner

 

       L’insatiabilité.

 

4-      L’esprit du capitalisme ne peut se ramener à une idéologie au sens d’une illusion sans effet sur les événements du monde ;

 

5-      Le capitalisme a une tendance perpétuelle à se transformer.

 

6-      L’opérateur principal de la transformation et de la création de l’esprit du capitalisme est la critique.

 

7-      Sous certaines conditions, la critique peut être elle-même un facteur de changement du capitalisme et pas seulement de son esprit.

 

8-      La critique puise son énergie à des sources d’indignation.

 

 

 

Les étapes de changement de l’esprit du capitalisme :

 

 

 

1-      Importance de la notion d’épreuves.

 

2-      Nécessité de tension dans les épreuves sous l’effet de la critique.

 

3-      Capacité à déplacer et contourner les épreuves instituées.

 

4-  Légitimation des déplacements par les différentiels entre les forces critiques (sociales        et artistiques) et la neutralisation de la critique.

 

5-      La reprise de l’accumulation et le redéploiement du capitalisme produit des effets destructeurs sur le capitalisme lui-même : inégalité, chômage, nouvelle pauvreté, maladies.

 

6-      Le rôle de la critique dans l’identification des dangers et sa relance.

 

7-      La construction de nouveaux dispositifs de justice ; la force des Etats.

 

La formation des cités doit apporter des limites à la force des forts et dire aux grands que leur grandeur (légitimité, autorité, capacité à user de leur force) n’existe que s’ils intériorisent ses limites et s’y confrontent.

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